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Espoir pour le nord-est haïtien.
Retrouver un pôle technologique pour valoriser les productions locales.


Jean Sprumont

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Il y a un an à pareille époque, mon épouse et moi étions en visite d'étude dans le Nord- Est d'Haïti. Michèle a passé 6 semaines à étudier de façon approfondie la problématique de cette région. Avec un agronome haïtien, elle a mené de nombreuses enquêtes sur les problèmes de l'émigration liés à la crise de l’agriculture d'une part et sur les besoins de la population au plan de la formation professionnelle d'autre part. Elle a plus particulièrement étudié la question des formations adaptées aux migrants qui trouvent du travail en République Dominicaine. Quant à moi, j’ai analysé les problèmes au plan des équipements techniques destinés à la transformation des produits agricoles.

Si l'on veut décrire cette région, on peut dire en gros que le Nord-Est d’Haïti est une région bordée par une façade maritime importante permettant la pêche et le cabotage. Derrière cette côte, on trouve une plaine plus ou moins grande, d'une largeur moyenne de 20 km. Au-delà de cette plaine, s'étendent des piémonts plus ou moins élevés et enfin la montagne culminant à pic.

Par rapport au Sud d'Haïti, ce qui est caractéristique, c'est une pluviométrie générale plus basse, de l'ordre de 1500 mm, avec d'importantes variations suivant que le relief vous protège ou non des vents dominants du Sud-Est qui amènent la pluie. La saison des pluies est à l'inverse de celle du Sud: les principales pluies tombent de septembre à avril et cette région produit donc à contre- saison par rapport au sud et au centre du pays.

Le Nord-Est d'Haïti se distingue aussi par la répartition des propriétés. Pour des raisons historiques, la grande propriété s'est maintenue dans les plaines et des plantations comme celle de Madras et de Dauphin n'hésitent pas à aligner plusieurs milliers d'hectares tandis que les mornes restent de petites propriétés paysannes.

La densité de population est 2 fois plus faible dans le Nord que dans le Sud du pays et beaucoup d'hommes dans la force de l'âge ont émigré en République Dominicaine où ils représentent 80% de la main d'œuvre agricole et 95% de la main d'œuvre des industries de construction. Inutile de dire que cela ne va pas sans poser des problèmes pour ceux qui restent… tant au niveau de la production… qu'au niveau familial!

Une autre différence entre le Nord et le Sud du pays est que les animaux sont laissés en liberté et déambulent à travers plaines et collines. A charge pour les paysans cultivateurs de clôturer les parcelles cultivées sous peine de les voir détruites!

Nous sommes donc dans un milieu où les conditions d'un renouveau de l'agriculture ne sont pas présentes et où des efforts énormes de revalorisation du foncier devraient être entrepris pour ramener au pays des travailleurs que la misère a chassés et qui trouvent dans l'exploitation subie en République Dominicaine de bien meilleures conditions qu'en leur propre pays.

Un point important de notre visite consistait en une évaluation de l'état des équipements de transformation des produits agricoles: moulins à canne, décortiqueurs à riz, moulins à maïs, moulins à pâte d'arachide, équipements pour le traitement du manioc etc. Ces équipements jouent un rôle considérable dans l'économie locale dominée par les femmes. En l’absence de leur mari, elles sont en fait chargées des maigres productions. C'est clair: seule une valorisation et un développement intégraux pourraient équilibrer des budgets familiaux particulièrement maigres.

Nous avons pu constater l'état déplorable de tous les équipements: à de rares exceptions près, tout est hors service. Si les mécaniciens existent, ils sont chers et peu compétents vu le manque de matériel et de pièces de rechange dont ils disposent. Cette région est tournée vers la République Dominicaine et les seuls équipements entretenus sont ceux achetés chez les voisins; il est courant pour les paysans d'aller acheter des produits et des machines à Santiago, Las Vegas ou Santo Domingo.

S'il reste malgré tout un grand savoir-faire local provenant des ateliers de plantation (qui avaient permis la formation d'hommes de métier), ces ateliers ont été fermés et le capital humain comme les machines ont été détruits. Impossible donc de trouver les matières premières pour usiner une pièce.

Le seul espoir de rédemption pour la région, c'est ce qui est en train de naître dans la région de Terrier Rouge. Une extraordinaire densité d'artisans a été formée et s'inscrit dans la lignée de la génération précédente. Leurs pères avaient appris à la plantation Dauphin ou Madras les métiers de la mécanique et avaient développé avec peu des prouesses en réalisant des équipements de grande qualité .

Quand nous leur avons rendu visite, nous avons pu constater la grande misère de leurs équipements: du matériel d'occasion (tours, fraiseuses, perceuses) souvent hors service et personne n'avait espoir de pouvoir les remplacer. Ainsi, j'ai vu un décortiqueur à riz dont les paliers avaient disparu et étaient remplacés par des paquets de chiffons imbibés d'huile qu'il fallait retirer et réparer plusieurs fois par jour. Des grilles tellement réparées par les bouts de tôle que rien ne pouvait plus passer à travers et donc le riz mal décortiqué et la balle sortaient ensemble.

Cette situation nous a paru désastreuse et contrastait avec ce que nous connaissons à Camp-Perrin car dans notre région, grâce à un environnement technologique satisfaisant, ces problèmes n'existent pratiquement pas puisque matières premières et pièces de rechange sont disponibles. Je pense que si l'on fournissait à cette communauté un bon tour, un étau limeur, une perceuse radiale, une scie alternative par exemple, il est presque certain que d'ici quelques années on verrait petit à petit, sans autre intervention coûteuse, revenir des ateliers de transformation de produits agricoles tels que la région en a connus jadis.

Nous espérons recevoir assez d'aide pour pouvoir mener à bien ce travail et permettre à la région de retrouver le pôle technologique dont elle a besoin pour assurer des revenus tirés de l'auto valorisation des productions locales.

 


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Dernière mise à jour : 25 mai, 2004