Les cassaveries en Haïti

Fillette

Haïti connaît une dégradation écologique avancée et la faim chronique.

Les actions conjointes de Gadru et de CODEART ont permis le développement d’une agriculture agroécologique qui vise à rendre leur fertilité aux sols haïtiens et le développement de machines permettant de réduire la pénibilité de la transformation de denrées agricoles, dont le manioc.

Construction atelier + fours

Les populations locales ont pu s’approprier ainsi des techniques leur permettant de répondre à leurs priorités : accès à des revenus permettant de nourrir la famille tout en assurant la durabilité du système par la préservation de l’environnement. De prédateur, le paysan devient le protecteur de la nature.

Le Gadru

Le Gadru (groupe d’appui au développement rural) avec l’accompagnement de ses professionnels et le travail des familles paysannes promeut l’agriculture durable et le développement rural dans les campagnes haïtiennes. Par son action il vise à réconcilier les paysans avec leur profession et leur vocation d’alimenter terre, plantes, bêtes et humains. Il aide les populations locales à s’organiser autour des thèmes de la protection des sols, du contrôle de l’eau, du reboisement, de la diversification agricole et de l’élevage contrôlé avec la production de fourrage.

CODEART

Cuisson des petites cassaves

CODEART, grâce à son réseau d’ingénieurs, de techniciens et d’agronomes apporte son expertise pour développer des solutions simples et solides qui permettent de mettre en valeur les ressources locales. Sa mission est d’aider les partenaires-artisans à produire localement des machines permettant d’assurer les besoins de base des populations locales. Leur slogan : « des machines pour nourrir les hommes ».

Le contexte de l’action de CODEART et du Gadru

Les émeutes de la faim en 2008 ont rappelé, si besoin en était, combien Haïti souffre de famine chronique et d’une dégradation de son environnement naturel.

Dans les campagnes haïtiennes, la priorité des hommes est de gagner de l’argent, celle des femmes est de toujours pouvoir nourrir leur famille.

Grandes cassaves cuisson

Cependant, une analyse plus poussée des priorités des populations rurales qui pratiquent l’agroécologie montre une autre hiérarchie :

  1. Alimenter la famille en quantité, qualité et diversité pendant toute l’année ;
  2. Alimenter les animaux pendant la saison sèche ;
  3. Alimenter la terre pour qu’elle alimente les familles et les animaux ;
  4. Alimenter le marché pour pouvoir avoir de l’argent.
Pour répondre à ces priorités, il était donc essentiel que les populations des campagnes se réapproprient la terre tout en la préservant afin qu’elle puisse durablement répondre à leurs besoins de base. La mise en place de l’agroécologie par le Gadru et les actions de CODEART visant à réduire la pénibilité de la transformation des productions s’intègrent parfaitement dans ce contexte.

L’agroécologie

En associant le développement agricole à la protection de l’environnement, l’agroécologie vise à faire évoluer l’agriculture à orientation quantitative vers une agriculture qualitative respectant les écosystèmes et se basant sur la reconnaissance des savoirs et savoir-faire paysans.

L’agroécologie s’est définie petit à petit au cours de ces dix dernières années. Actuellement, cette technique intègre les axes suivants :

  • Clôturer la parcelle pour contrôler les feux, les animaux qui piétinent, broutent les jeunes arbres… ;
  • Contrôler l’eau et protéger la terre contre la sécheresse et l’érosion ;
  • Nourrir la terre avec du fumier, compost et des légumineuses ;
  • Diversifier la production, en associant des plantes afin de réduire les risques de mauvaises récoltes ;
  • Planter des arbres, car ces derniers créent un microclimat favorable à la vie, des fruits, de l’ombrage…
  • Pratiquer une nouvelle forme d’élevage, en cultivant du fourrage, en donnant à manger et à boire aux bêtes, en clôturant les enclos, en récupérant le fumier et les urines des bêtes…
  • Améliorer les revenus à travers la production et la transformation des produits par les paysans producteurs eux-mêmes.
  • Promouvoir le mouvement agro-écologique paysan.

Le manioc et les cassaveries

Rapâge du manioc

En Haïti, aucune plante panifiable n’est cultivée. Mais le manioc permet de préparer des galettes appelées cassaves, en quelque sorte, le pain des tropiques.

Le manioc est une plante facile, peu exigeante. Elle donne un bon rendement, peut rester en terre jusqu’au moment où l’on en a besoin, a peu de maladies et est appréciée par la population.

La production de cassaves répond aux besoins alimentaires des populations rurales en leur permettant d’acquérir une certaine autonomie.

Cependant, les jeunes ne veulent plus faire de cassaves, car le travail de transformation traditionnelle du manioc est extrêmement pénible et peu rentable. Le processus est long et implique une série d’opérations physiques extrêmement pénibles, telles que le râpage, le pressage, la cuisson…

Rape à manioc

Dans les années 80, beaucoup d’ateliers collectifs de cassaves voient le jour. Ce phénomène va se répandre dans tout le pays. Face à cette multiplication d’ateliers et au volume de ressources qui leur sont allouées par les bailleurs de fonds, il est décidé d’évaluer ces projets. C’est en 1991 que deux experts, P. Jean-Mary Louis s.j. (fondateur du Gadru) et Roger Loozen (CODEART), sont choisis pour observer un échantillon de 43 ateliers de transformation de produits agricoles. Pendant près de six semaines, ils vont parcourir ensemble le pays et publier un rapport extrêmement complet.

Convaincus de l’utilité des ateliers de transformation du manioc et ayant identifié ce qui fonctionne bien et ce qui pose problème tant au niveau technique qu’organisationnel, es deux institutions, le Gadru et CODEART, coopèrent depuis lors. Ensemble, elles s’activent pour que naissent des machines simples, robustes et accessibles qui permettent aux gens de se nourrir et de vivre dignement de ce que produit la terre tout en préservant celle-ci grâce à l’agroécologie.

Pour permettre aux familles paysannes et aux petits entrepreneurs ruraux de se lancer dans la transformation du manioc, il fallait démocratiser radicalement les techniques de transformation du produit et créer de nouvelles machines qui répondent à cet objectif. Un cahier des charges contenant une série de critères pour concevoir les machines a été établi en fonction des besoins des populations locales : création de machines simples et moins chères, utilisation de micromoteurs, adaptation des machines aux femmes, nettoyage facile, entretien et réparations pouvant être opérés par les artisans locaux …

Rapâge mécanique du manioc

CODEART a conçu trois machines pour la transformation du manioc. Les paysans qui les ont essayées sont très motivés et satisfaits.

Les techniques agroécologiques sont de mieux en mieux acceptées et continuent à être diffusées dans tout le pays.

Les apports propres des entrepreneurs ruraux pour la construction de leur cassaverie sont importants. On constate également l’apparition et le développement de nouveaux métiers du manioc, tels que cultivateurs-transformateurs, acheteurs-transporteurs, éplucheurs…

L’apport conjugué des actions du Gadru et de CODEART au cours de ce long parcours a permis aux populations rurales d’Haïti de se réapproprier la production de cassaves, d’en faire une activité économique rentable et de reconquérir une certaine autonomie.