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Utilisation de l'huile de palme comme carburant
dans les moteurs diesels.
1.1. La viscosité L'huile de palme a une viscosité semblable à celle de l'huile de colza, à savoir environ 70 mm²/s (à 20°C) et 40 mm²/s (à 40°C). Pour permettre son utilisation dans un moteur diesel, elle doit avoir une viscosité de l'ordre de 4,5 à 5mm²/s . Pour y parvenir, trois méthodes sont envisageables, soit la réchauffer, soit utiliser un mélange diesel - huile de palme, soit lui faire subir une réaction d'estérification. Dans la pratique, nous avons retenu la première possibilité grâce à sa facilité de mise en uvre. Le mélange diesel - huile présente quant à lui l'inconvénient d'utiliser du diesel de manière continue, ce qui n'est pas dans l'optique première de nos recherches. Et enfin pour la réaction d'estérification, intervient ici l'aspect économique, en effet, cette réaction augmente le prix de revient de l'huile. Cette réaction chimique va permettre une modification favorable de la viscosité. 1.2. Le Point d'éclair C'est la température à laquelle un fluide émet suffisamment de vapeurs pour qu'il puisse s'enflammer au contact d'une flamme ou d'une étincelle. Pour le diesel, il se trouve aux alentours de 90°C tandis que pour l'huile il se situe vers les 280-300°C. Cette propriété influence fortement la combustion. En effet, l'huile s'enflammera moins facilement que le diesel. Afin de remédier à ce problème, on peut démontrer qu'il suffit d'augmenter la température de fin de compression du cycle moteur d'une septantaine de degrés. Pour y arriver plusieurs méthodes sont envisageables. La première consiste à jouer sur les paramètres d'avance à l'injection. C'est une méthode simple et non coûteuse. En effet, si l'on retarde l'avance à l'injection, la durée de compression est plus longue, d'où une élévation de température en fin de compression. On peut ainsi facilement gagner 60°C, cependant, on observera une faible diminution de rendement. On peut remarquer aussi que plus le moteur tourne lentement et plus il est chargé, plus chaud sont les gaz d'échappement. Ces derniers reflètent la température interne du moteur. Il est donc intéressant de tourner à bas régime et à pleine charge afin d'assurer une température dans la chambre de combustion la plus élevée possible. Grâce à différents essais réalisés chez AAN en Allemagne, nous pouvons constater que dans le cas d'un moteur à injection indirecte, un retard de l'avance à l'injection de 5 à 8°V par rapport au réglage du diesel suffirait pour obtenir une température suffisante à une bonne combustion. Dans le cas d'une injection directe, une avance de seulement 2 à 3°V est à prévoir. Toutefois, cela ne suffit pas à augmenter suffisamment la température de la chambre. Ces types de moteurs envahissent le marché agricole et les moteurs industriels. C'est pourquoi, nous nous sommes intéressés à une méthode très utilisée en Allemagne afin d'augmenter encore la température de fin de compression. Les ingénieurs de chez AAN ont développé un piston dans un matériau ayant des propriétés thermiques particulières, le "Ferro-therm". Ce matériau permet de garder une température suffisamment élevée pour garantir une combustion optimale, également à bas régime. C'est une méthode très intéressante à développer mais assez onéreuse étant donné qu'il faut repenser complètement le dimensionnement du piston, ce qui n'est pas rentable en petite série. Une autre méthode pour obtenir une température
convenable est la réinjection d'une certaine proportion de gaz
brûlés. En effet, cette méthode permet de réchauffer
l'air d'admission provoquant une augmentation de température en
fin de compression. C'est une méthode tout à fait possible
grâce au fait que le moteur en charge partielle absorbe un excès
d'air important qui peut être remplacé en partie par des
gaz chauds d'échappement. 1.3. La Polymérisation Une huile végétale, contenant des doubles
liaisons, est assez fort sensible à ce phénomène
de polymérisation. En effet, l'huile de palme à tendance,
en présence de l'oxygène comme initiateur, d'additionner
ses doubles liaisons et de former de plus longues chaînes hydrocarbonées.
Le nombre de doubles liaisons contenues dans l'huile varie fortement suivant
sa composition. Celle-ci varie en fonction des variétés
de palmiers à huile. La plus importante des conséquences d'une polymérisation de l'huile, se situe à l'endroit de l'injecteur. Il s'y produit le phénomène de cocking : il s'agit de la formation de dépôts au nez des injecteurs, lors de l'usage d'une huile végétale naturelle comme carburant, à cause d'une température des têtes d'injecteurs inférieures au point. Ce dépôt a bien sûr une influence sur le jet et, à son apparition, il peut se former des " trompettes " qui dévient les jets et détruisent la qualité de la combustion. Une trompette est une boule de dépôt qui se manifeste lors d'une combustion incomplète, due à une obturation partielle de l'injecteur, avec formation de carbone libre et dépôt de celui-ci au niveau de la culasse. De plus, cette formation est d'autant plus accentuée que la charge appliquée est faible, vu une température dans la chambre de combustion plus faible aussi. Il est donc recommandé de travailler à pleine charge. Pour combattre ce désagrément de polymérisation,
divers essais ont été effectués. Ces expériences
ont pu démontrer que l'injecteur à un seul jet, était
le plus adapté pour ce genre d'application. De plus, les recherches
ont abouti à un calibre idéal de l'injecteur aux alentours
de 0,2 à 0,3 mm², évitant ainsi la formation de "
trompette " due au phénomène de " cocking ". 1.4. Les réactions chimiques Le problème principal réside dans l'acidité de l'huile de palme et le caractère basique de l'huile de lubrification. En effet, dans les moteurs, il y a inévitablement une petite quantité de carburant qui vient se mélanger à l'huile lubrifiante.La plus grande partie de l'huile végétale qui passe à travers les segments, pour venir se mélanger à l'huile lubrifiante, se produit lors du démarrage du moteur à froid avec l'huile végétale. En effet, à ce moment, les segments sur le piston ne procurent pas une étanchéité suffisante pour éviter le passage de l'huile végétale vers le carter. De plus, lors de la mise en marche du moteur, la combustion n'est vraiment pas favorisée dû au fait que la température de la chambre de combustion est encore à température ambiante. Un autre point important est qu'au démarrage, on injecte beaucoup trop de carburant et de plus on travaille à vide. Il s'agit d'une quantité parfois même dix fois supérieure à la stchiométrie demandée par la combustion. Comme énoncé précédemment, l'huile lubrifiante est basique à l'origine. Lors d'un mélange de cette huile basique avec une autre huile acide, en l'occurrence le carburant, il se produit une réaction chimique avec formation irréversible d'un " savon " ou plutôt dans le jargon on parle de " mayonnaise ". Cette réaction chimique, assez forte et rapide, est d'allure exponentielle et se produit aussi bien lors du fonctionnement du moteur, mais aussi lorsque le moteur est au repos. Cette réaction est d'autant plus rapide que la température est élevée. Dans ce cas là, l'huile perd toutes ses propriétés
lubrifiantes, voit sa viscosité augmenter et son degré basique
diminuer fortement. Des expériences ont pu montrer qu'après
environ 300 heures de fonctionnement les propriétés de l'huile
commencent à se détériorer. Le pourcentage d'huile
carburant atteint alors 1 à 2% de l'huile lubrifiante. Il est donc
intéressant de remplacer l'huile après ces délais.
On peut tout de même placer une limite à ne pas dépasser
qui est de 400 heures de marche. À ce stade, le pourcentage d'huile
carburant atteint les 4 à 5% d'huile moteur, la viscosité
de l'huile moteur affiche 100 mm²/s à 20°C, et le degré
basique a perdu 50%. Le premier remède à cette réaction chimique est avant tout une question de discipline! Lorsque l'huile ne possède plus les propriétés lubrifiantes suffisantes il est impératif de la remplacer au risque de nombreux problèmes techniques. Un remède supplémentaire est de faire démarrer
le moteur au diesel. Afin d'éviter un passage d'huile de palme
trop important dans l'huile de lubrification. Les ingénieurs de la firme AAN ont fait beaucoup de recherches sur l'huile lubrifiante. Des essais sont en cours sur l'adjonction d'agents tensioactifs dans l'huile afin de favoriser l'introduction de l'acide dans l'huile qui est basique. Ils se sont aussi penchés sur la fabrication d'une huile acide afin d'éviter les réactions chimiques entre le carburant et l'huile lubrifiante. Nous pouvons présumer que cette huile lubrifiante sera probablement plus chère sur le marché, vu sa nouveauté et son application bien spécifique. Une autre solution envisagée par AAN, est l'utilisation
de l'huile de palme comme lubrifiant et comme combustible. Ils sont arrivés
à la conclusion que l'huile de palme pouvait être utilisée
comme lubrifiant à condition de ne pas dépasser le 20 à
40 heures de fonctionnement. Ils sont ainsi arrivés à concevoir
tout un système assez complexe dans lequel l'huile végétale
sert d'abord de lubrifiant moteur pour passer ensuite dans un échangeur
de chaleur après avoir été en contact avec les parties
chaudes du moteur et atteindre ainsi les 100-110°C. Dans cet échangeur
de chaleur l'huile, qui a servi pour la lubrification, réchauffe
l'huile fraîche entrante, et se voit donc refroidir à une
température avoisinant les 75-80°C, avant de passer dans la
pompe d'injection. En théorie l'huile est employée dans
le cycle 250 fois comme lubrifiant et une fois comme carburant. Cette méthode de fonctionnement du moteur est forcément
la plus favorable. Elle permet de résoudre pas mal de problèmes.
Certes, elle nécessite des adaptations importantes au moteur, d'où
un coût élevé. Cette méthode s'avère
intéressante pour des moteurs de grosses puissances, démarrant
à l'huile végétale, et fonctionnant à des
régimes plutôt variés. Pour les plus petites puissances,
il serait préférable de démarrer au diesel et d'attacher
un suivi intransigeant aux propriétés de l'huile de lubrification.
Il s'agit en fait de différents phénomènes
qui résultent d'une période de stagnation de l'huile végétale.
C'est un phénomène de décomposition du Triglycéride
(l'huile végétale) en Glycérine et en Acides gras
libres Triglycéride (l'huile végétale) en Glycérine
et en Acides gras libres. La majorité des essais cités dans ce travail
ont été effectués avec de l'huile de colza. On peut
cependant appliquer sans problème toutes ces conclusions à
l'huile de palme grâce au similitudes entre ces deux huiles. Il
serait évidemment très intéressant d'effectuer ces
diverses expériences à l'huile de palme, ce que nous effectuerons
tant que possible afin de pouvoir optimiser les performances du moteur.
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